Albert Ràfols- Casamada
Vendredi 24 avril 2009
Angles de lumière
Angles de llum
Les grands musées espagnols ont consacré d’importantes rétrospectives à Albert Ràfols-Casamada (né à Barcelone en 1923) : Fondation Miro et MACBA à Barcelone, Musée Espagnol d’Art Contemporain à Madrid, IVAM à Valence…, de multiples distinctions et hommages lui ont été attribués ces dernières années en Espagne : prix National des Arts (Espagne), prix de la Culture de la Catalogne, prix de la Monnaie (Madrid)… En France, une trentaine d’expositions personnelles ont présenté sa peinture (Musée Ziem à Martigues, Musées de Dieppe, Brou, Tourcoing, Hôtel des Arts à Toulon…) représentée à Paris par la Galerie Clivages de 1982 à 1998 puis par la Galerie Vidal-Saint Phalle de 1998 à aujourd’hui. Plusieurs centaines de ses œuvres figurent dans les collections françaises. L’Ecole Normale Supérieure de Lettres et Sciences Humaines de Lyon (pour laquelle l’artiste a réalisé une peinture monumentale) vient de lui décerner le titre de « Docteur Honoris Causa ».
L’exposition présentée à la Galerie Vidal-Saint Phalle ce printemps est une exposition « anthologique », une sélection de 14 peintures de 1986 à 2007 et de 6 collages de petit format de 1994-1995. Deux tableaux de 2007 figurent dans cette exposition : ce sont presque les dernières peintures de l’artiste qui a peint très peu de tableaux depuis.
Les maîtres-mots pour désigner la peinture de Ràfols-Casamada sont la couleur, l’architecture, l’espace. Il suffit d’entrer dans l’une de ses expositions pour ressentir cette impression d’espace et d’air, d’ouverture créée par la couleur. Ràfols-Casamada travaille à l’acrylique avec des pigments naturels, sa peinture garde la matité de la fresque et ce n’est pas un hasard si, dialoguant avec l’architecture, l’artiste a réalisé plusieurs peintures murales, notamment pour la Mairie de Barcelone.
« La lumière vivifie l’espace. » La terre de Ràfols est la Catalogne, la lumière de sa peinture est la Méditerranée, terre et mer. Ràfols-Casamada est le plus méditerranéen des artistes espagnols.
« Je voudrais que dans mes peintures on respire la couleur comme je respire la couleur en regardant la mer. »
L’artiste, qui vit à Barcelone et qui aime séjourner à Cadaqués, s’inspire souvent de la clarté « constante et changeante » de la mer. La fenêtre est longtemps son thème de prédilection, « finestra al jardi », « finestra al mar », le dialogue entre architecture et nature (feuillage, vent, mer…), entre vide et construction (la maison ou le port). La « chaude douceur » (Carlos Heusch) de son art diffuse une émotion d’enfance miraculeusement préservée, portée par la rigueur et la science de la construction. Dans sa peinture comme dans ses écrits, Ràfols-Casamada ne procède pas par proclamations violentes ou manifestes incendiaires.
Sous l’apparence de la retenue et de l’harmonie plutôt que de la déchirure, un tableau de Ràfols-Casamada définit pourtant l’espace pictural comme peu d’artistes l’ont fait. Pour reprendre le titre d’un de ses recueils de poèmes, « Angle de llum », sa peinture ouvre des « angles de lumière », les instants d’une rare coïncidence de la lumière et de la pensée.
« Il y a une grande disparité entre l’apparence et ce qui se cache derrière. L’œuvre de Ràfols apparaît devant nous avec un air de facilité et de candeur, mais nous savons que derrière se cachent des années de réflexion sur le fait artistique et une longue lutte avec ses moyens. » (Sam Abrams, 1998)
Peu à peu plus abstraite, la couleur s’intensifie, le bleu s’approfondit et, pour ainsi dire, s’intériorise. Des « objets » ou, comme le dit l’artiste, des « présences », plutôt que des objets, se répondent dans l’espace. Après le bleu des années 80, l’ocre et le feu deviennent souvent la dominante de ses toiles des années 90. Bien que construites, les présences s’y font plus allusives et plus invisibles leurs liens : la couleur ordonne l’espace jusque dans l’absence de soutien.
La dernière période de Ràfols-Casamada (années 2000) libère les signes dans l’espace, en accentuant toujours la couleur qui « parle plus haut », accentuant aussi la distance sans épuiser la mémoire des sensations. En 1985, l’artiste avait avoué son attirance originelle pour la nudité vide, la « vastitude » de grands espaces de couleur Le dépouillement extrême de ses toiles les plus récentes va de pair avec une présence encore plus sensible de l’air, du blanc qui anime toute la surface. La ligne d’une vie s’y inscrit avec fragilité et bonheur.
- En collaboration avec la Galerie Vidal-Saint Phalle et l’Institut Ramon Llull :
Journée d’étude consacrée à « Albert Ràfols-Casamada, peintre et poète »: le 4 juin de 10h à 18h
Participants: Sam Abrams, Michel Collot, Antoine Graziani, Jean-Pascal Léger, Vinyet Panyella,
Montserrat Prudon, Eliseu Trenc
Exposition de peintures et œuvres sur papier : du 4 juin au 30 juin 2009
Centre d’Etudes Catalanes
9, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, 75004 Paris, 01 42 77 65 69
- Exposition « anthologique » : Peintures 1986-2007 et collages 1994-1995
Du 14 mai au 10 juillet 2009 de 14h à 19h et sur RV
Galerie Vidal - Saint Phalle 10, rue du Trésor, 75004 Paris, 01 42 76 06 05
contact@vidal-stphalle.com www.vidal-stphalle.com
Ràfols-Casamada, Perseo 1995, acrylique sur toile, 125 x 125 cm




